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La solution ? Elle se trouve déjà dans la pièce

  • 11 juin
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 juin

Au cours de la médiation, il y a une question que les parties me posent quasiment toujours en aparté : « Et vous, qu'en pensez-vous ? Que feriez-vous ? ». Ma réponse est invariable, au risque de les décevoir : « Ce n'est pas mon rôle ». Le médiateur ne tranche pas, ne recommande pas, ne suggère même pas, ou alors avec une infinie prudence. Il accompagne.


Cette retenue n'est pas une coquetterie déontologique. Elle est, je crois, l'une des raisons profondes pour lesquelles le processus de médiation aboutit aussi souvent. Car une chose frappe quand on pratique ce métier : dans la grande majorité des cas, les parties finissent par trouver une solution, leur solution. Et celle-ci ressemble rarement à ce qu'un juge (ou le médiateur lui-même) aurait imaginé pour elles.


Pourquoi le processus y conduit

On pourrait croire que des personnes en conflit depuis des mois, parfois des années, sont les plus mal placées pour résoudre leur différend. C'est l'inverse qui est vrai : elles sont les seules à connaître réellement et profondément leur « dossier ». Pas seulement les faits, mais aussi et surtout ce qui compte pour elles, ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. Aucun tiers, aussi compétent soit-il, ne dispose de cette connaissance-là, cette « pré-science ».


Le problème est que le conflit, tant qu'il dure, rend inexploitable cette connaissance qu’ont les parties. Chacun est arc-bouté sur sa position, occupé à « avoir raison » plutôt qu'à chercher une issue. Tout l'art du processus consiste à dénouer cela : rétablir un échange direct là où l'on ne communiquait plus que par avocats ou recommandés interposés ; ralentir, pour que chacun entende ce que l'autre dit vraiment ; faire émerger, derrière les positions affichées, les besoins qui les sous-tendent.


Et c'est là que quelque chose bascule. Une position est par nature fermée : « je veux ceci » ne laisse que deux issues, gagner ou perdre. Un besoin, lui, est ouvert : il peut être satisfait de dix manières différentes, dont certaines n'avaient été envisagées par personne. Une fois les besoins posés sur la table, les parties se mettent (souvent sans s'en rendre compte) à chercher ensemble plutôt que l'une contre l'autre. Les solutions qui surgissent alors sont parfois d'une inventivité qu'aucun jugement n'aurait pu offrir : un aménagement de collaboration, des excuses, une lettre de recommandation, une transition organisée, un mode de communication redéfini. Le droit ne connaît pas ces monnaies-là.


Ce qu'un jugement ne peut offrir

J'écris bien entendu ces mots sans la moindre défiance envers la justice : certains litiges doivent être tranchés par un tiers.


Mais il faut bien faire la différence entre les deux voies : une décision de justice est toujours imposée. Le juge applique la règle de droit aux faits qui lui sont soumis, dans le cadre strict de ce qui lui est demandé. Il ne peut accorder que ce que le droit permet d'allouer (en droit du travail, ce sont des sommes d'argent, pour l'essentiel). Il y aura un gagnant et un perdant, ou, plus souvent, deux parties partiellement déçues, auxquelles la décision s'appliquera, qu'elles y adhèrent ou non.


Or une solution imposée, même juste, reste extérieure à ceux qu'elle concerne. On s'y soumet, on ne se l'approprie pas. C'est sans doute pourquoi tant de jugements, parfaitement motivés en droit, laissent le conflit sous-jacent intact et parfois même, l'aggravent.


L'accord de médiation, lui, n'existe que parce que les parties y ont pleinement consenti. Chacune a pesé ce qu'elle donnait et ce qu'elle obtenait, et a conclu que cet équilibre-là valait mieux que la poursuite du combat. Cette adhésion change tout : un accord que l'on a construit soi-même, on l'exécute et l'expérience le confirme. Les accords de médiation sont spontanément respectés dans l'immense majorité des cas, là où beaucoup de jugements doivent être exécutés par la force.


Le médiateur ne fournit donc pas la solution. Il restaure les conditions dans lesquelles les parties (re)deviennent capables de la trouver. C'est certes moins spectaculaire qu'un jugement mais c'est, sans aucun doute, infiniment plus durable.

 
 

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