A l'école : punir, réparer ou... les deux ?
- 17 juin
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Dernière mise à jour : 20 juin
Scénario courant : un élève insulte gravement un professeur devant toute la classe. Les suites sont connues : convocation par la direction, sanction, parfois exclusion. La machine disciplinaire se met en route et chacun joue sa partition. L'élève se tait ou conteste, la direction applique la procédure, les parents protestent énergiquement et le professeur, lui, attend qu'on lui accorde quelque chose qu'aucune sanction ne pourra lui apporter.
C'est ce dernier point qui m'intéresse. Car une sanction, même méritée et proportionnée, règle une question mais en laisse une autre ouverte. Elle dit à l'élève qu'il a transgressé une règle mais elle ne résoud rien de ce qui s'est abîmé entre deux personnes. Or, c'est la personne du professeur qui a été atteinte, pas seulement l'ordre scolaire "supérieur".
Ce que la sanction règle et ce qu'elle ne résoud pas
Il ne s'agit pas ici d'opposer la médiation à la sanction, ni de plaider pour une école sans règles. Certains manquements doivent être sanctionnés et le cadre disciplinaire existe pour de bonnes raisons. Une autorité qui ne pose plus de limites n'aide personne, à commencer par les élèves.
Mais la sanction fonctionne sur un registre vertical : une autorité constate un manquement et y répond. C'est nécessaire mais c'est selon moi insuffisant. Car le tort causé à une personne ne se répare pas par la punition. On peut exclure un élève trois jours sans que le professeur se sente, lui, reconnu dans ce qu'il a vécu. La punition solde un compte avec l'institution mais elle laisse abîmé le lien entre les deux personnes concernées.
C'est là qu'un autre processus peut prendre le relais ou venir compléter le premier.
Ce qu'une rencontre encadrée rend possible
Imaginons que, outre la sanction prononcée, on propose à l'élève et au professeur de se retrouver, accompagnés par un tiers facilitateur - médiateur. Non pour rejuger les faits, évidemment, mais pour permettre à chacun de dire et d'entendre. Le professeur peut exprimer ce que l'insulte a touché : pas uniquement son autorité et son rôle dans l'école, mais aussi et surtout l'homme ou la femme derrière la fonction. L'élève, souvent, découvre alors une réalité qu'il n'avait pas perçue, tout occupé qu'il était à se défendre ou à crâner : en face, il y a quelqu'un.
De cette rencontre peut naître une demande de pardon. Pas un « pardon » machinal qu'on arrache à un enfant pris en faute, mais une parole pesée, adressée à une personne qu'on a reconnue comme telle. Et le professeur, s'il l'accorde, ne renonce à rien : il choisit de refermer la blessure plutôt que de la garder ouverte. Le pardon ainsi donné librement n'est pas une faiblesse, c'est un acte de reconstruction du lien.
Reste le plus important, peut-être : l'avenir. Une rencontre de ce type ne se referme pas sur des regrets, elle s'ouvre généralement sur un engagement. L'élève ne promet pas seulement de « ne plus recommencer » : dans un processus de médiation qui le responsabilise fortement, il peut accepter de devenir, à sa mesure, un acteur du respect dans son école. On ne demande donc plus au jeune de subir une règle, on lui propose d'en devenir, à son tour, l'un des garants.
Réparer plutôt que "solder"
On l'aura compris : ce que la sanction solde sur le terrain institutionnel, la rencontre le répare sur le plan personnel. Les deux réalités ne s'excluent pas ; elles agissent sur des plans différents. L'une rappelle la règle, l'autre restaure le lien. Une école qui se contente de punir maintient l'ordre sans cultiver le respect ; une école qui promeut aussi la réparation apprend à ses élèves quelque chose que nul règlement n'enseigne : qu'une faute n'est pas une condamnation définitive, et qu'on peut, après l'avoir reconnue et réparée, revenir dans le cercle.
C'est sans doute l'une des plus belles choses qu'un établissement scolaire puisse transmettre. Non seulement le sens de la règle, mais aussi l'expérience que des liens abîmés peuvent se reconstruire, pour peu qu'on y mette le cadre et aussi, un peu de courage.