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"Ce qui se dit ici, reste ici"

  • il y a 7 jours
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

A l'entame de chaque médiation, je prends le temps d'expliquer soigneusement aux parties une règle fondamentale du processus : tout ce qui se dira autour de la table est - et restera- confidentiel. Non pas "confidentiel" au sens vague et poli du terme, mais confidentiel au sens où la loi l'exige très précisément : les documents établis et les communications faites dans le cadre d'une médiation ne peuvent jamais être révélés ni invoqués ultérieurement, notamment en justice. Le médiateur est quant à lui sanctionné pénalement s'il viole le secret des échanges.


Cette confidentialité a une excellente raison d'être : très souvent, c'est cette règle qui, à elle seule, permettra de dénouer ce qui bloque depuis des mois, voire des années entre les parties.


Le contraste avec le tribunal


Devant un tribunal, tout ce que l'on dit peut se retourner contre soi. C'est la logique même du contentieux : chaque partie construit un dossier, pèse ses mots, évite tout ce qui pourrait être interprété comme une forme "d'aveu". On ne lâche rien, car toute concession est potentiellement une arme tendue à l'adversaire. Cette prudence est légitime et elle est même la condition d'une défense bien menée. Mais elle a un coût : elle empêche de dire toute la vérité. Or beaucoup de conflits ne se règlent qu'à condition que chacun dise enfin à l'autre les choses telles qu'elles sont.


Ce que la confidentialité rend possible


C'est là que la médiation change radicalement la donne. Puisque rien de ce qui s'y dit ne pourra être utilisé ailleurs, les parties peuvent enfin baisser la garde. On voit alors des choses se dénouer, dès lors que chacun sait pouvoir parler sans risque. Quelques exemples :


  • Admettre une part de responsabilité - « j'aurais dû t'en parler avant » - sans craindre que l'aveu serve de preuve;

  • Reconnaître certains mérites et qualités de l'autre partie (ce que l'on ne fait quasiment jamais devant le tribunal !);

  • Avancer une proposition de compromis sans qu'elle soit interprétée comme un signe de faiblesse ou figée comme une offre ferme;

  • Explorer une solution à voix haute, la tester, la modifier... ce qu'on évite quand chaque mot est consigné;

  • Exprimer ce qui relève de l'émotion, du ressenti, du non-dit, là où une procédure ne retient que les points techniques et les faits qualifiables juridiquement.


La confidentialité n'est donc pas une commodité accessoire du processus. Elle en est un des moteurs. Elle crée un espace rare où l'on peut penser à voix haute sans que cela porte à conséquence, et au sein duquel les solutions vont finalement apparaitre.

Une liberté qui engage


Cette protection du secret vaut entre les parties mais également entre chaque partie et le médiateur. Ainsi, ce que j'apprends d'une partie lors d'un entretien individuel (dit "aparté" ou "caucus"), je ne le rapporte à l'autre que si j'y suis explicitement autorisé. Le médiateur est ainsi le gardien d'une forme d'étanchéité, et c'est cette rigueur dans la préservation du secret qui fonde la confiance, nécessaire à la construction d'une issue au différend.


Au fond, c'est en garantissant que rien ne sortira de la médiation que l'on permet à chacun d'y entrer réellement.

 
 

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