Quand c'est tout un service qui se grippe
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Dernière mise à jour : il y a 21 heures
On imagine souvent le conflit en entreprise comme une histoire se jouant entre deux personnes : deux collègues qui ne se supportent plus, un salarié et son responsable, le travailleur et l'employeur, …
Mais le conflit revêt parfois une autre forme, plus diffuse et plus impactante : celle qui gagne tout un groupe. Un service entier qui se divise en clans, deux équipes qui se renvoient la responsabilité d'une défaillance, un département entier qui n'adhère plus à sa hiérarchie. Dans ce cas, ce n'est plus une relation qui se détériore, c'est tout un collectif qui se grippe, avec des conséquences souvent très lourdes pour le fonctionnement de l'entreprise ou de l'institution.
Ces situations surviennent généralement dans les périodes de tension : une réorganisation, une fusion, un changement dans la ligne de management. L'incertitude, la perte de repères ou la crainte de l'exclusion nourrissent alors des tensions entre niveaux hiérarchiques ou entre services. Et le coût est réel, même s'il reste largement invisible dans les comptes : selon certaines études, un salarié passerait en moyenne trois heures par semaine à gérer des tensions, soit une vingtaine de jours par an. Si l’on reporte cela à l'échelle d'une équipe, on mesure ce que coûte un conflit « collectif » qu'on laisse s'installer.
Pourquoi le conflit de groupe résiste aux solutions habituelles
Face à un collectif en crise, les réflexes classiques montrent vite leurs limites. La décision hiérarchique ou d'autorité (« j'ai tranché, maintenant on avance ») masque le symptôme sans toucher la cause et nourrit souvent un ressentiment qui resurgit ailleurs. La procédure disciplinaire isole un individu, là où le problème est systémique. Quant à la voie judiciaire, elle transforme un malaise collectif en une épopée interminable et incontrôlable, alors que le vrai besoin est de rouvrir un dialogue d'ensemble.
Car un conflit de groupe a une caractéristique propre : il ne se réduit pas à la somme des désaccords individuels. Il a sa propre dynamique : alliances, non-dits, loyautés, rôles que chacun finit par tenir presque malgré lui. C'est précisément ce que la médiation collective est en mesure de prendre en charge.
Ce que la médiation peut apporter
Là où une décision « venue d'en haut » impose une solution, la médiation s'attache d'abord à comprendre la dynamique du groupe. Elle offre un cadre structuré et sécurisé pour exprimer (individuellement et collectivement) les difficultés vécues, identifier les racines des tensions et reconstruire ensemble un mode de fonctionnement viable. Ces racines ne sont généralement pas celles que l'on croit : conflits de leadership, manque de clarté dans les processus, absence de reconnaissance, sentiment d'injustice ou surcharge partagée. Comme souvent, le désaccord affiché (sur une procédure, un outil, une répartition de tâches) n'est en fait que la partie émergée de l'iceberg.
L'intervention d'un tiers neutre et étranger à l'entreprise change également la donne sur un point décisif : le médiateur n'appartient à aucun « camp ». Dans un groupe divisé, plus personne ne croit en la neutralité ou l'impartialité de l'autre, ni même en celle d'un service extérieur au conflit, qui tenterait d'aider de bonne foi (le département des ressources humaines par exemple). Le médiateur, lui, ne partage aucun historique avec les parties et n'a aucun d'intérêt dans l'issue - si ce n'est celui de la réussite de la médiation. Cela lui permet de faire entendre à chacun ce qui était devenu inaudible.
Un investissement, pas une dépense
Reste évidemment la question que tout dirigeant se pose : est-ce que ça marche ? En Belgique, aucune statistique fiable n'est malheureusement disponible sur le taux de réussite des médiations (individuelles ou collectives). Mais les chiffres généralement avancés (par les médiateurs eux-mêmes) sont encourageants : on cite des taux d'accord de l'ordre de 70 à 80 % et des délais de deux à trois mois, là où une procédure judiciaire se compte en années.
Si la médiation (collective) obtient de si beaux « scores », c’est qu’elle agit là où les autres solutions échouent. Plutôt que d’imposer une réponse par le haut, elle redonne au groupe la maîtrise de son propre fonctionnement. Chacun ayant pu exprimer ce qui le bloquait, et entendre ce que les autres vivaient, les solutions qui émergent ne sont plus subies mais choisies. Or une solution choisie tient dans le temps, là où une décision imposée ne fait souvent que reporter le problème.
C’est aussi pourquoi la médiation collective produit un effet qui dépasse le différend : en réapprenant à se parler, le groupe se dote d’une capacité à traiter lui-même non seulement la tension passée, mais aussi les tensions futures, avant qu’elles ne dégénèrent. Le médiateur, en somme, ne se contente pas d’éteindre l’incendie : il réapprend au collectif à manier l’extincteur.